Pourquoi combiner la Somatic Experiencing et le NARM pour résoudre un traumatisme de choc ?

Quand quelqu'un vient me consulter après un accident, une agression ou une chute, il arrive souvent avec une question simple : "Pourquoi je ne m'en remets pas ?"

La réponse est physiologique : après un choc, le système nerveux peut rester bloqué en mode alerte, incapable de retrouver son équilibre de repos. Mais une autre question se pose souvent aussi : "En quoi mes expériences passées ont-elles une influence sur la façon dont je reste marqué·e par ce choc ?" C'est précisément là que la combinaison de la Somatic Experiencing et du NARM prend tout son sens — parce que nous n'avons qu'un seul système nerveux, et tout ce que nous avons vécu s'y inscrit, se superpose, s'entremêle.

Un accident n'arrive jamais dans un système nerveux vierge

Un accident n'arrive jamais dans un système nerveux vierge. L'étude ACE (Adverse Childhood Experiences), menée auprès de plus de 17 000 personnes, a établi un lien direct entre les expériences difficiles de l'enfance et la vulnérabilité aux traumatismes à l'âge adulte. Ce que nous avons vécu enfant conditionne la façon dont notre système nerveux répond aux chocs de la vie adulte.

Imaginez deux personnes impliquées dans le même accident de voiture. L'une s'en remettra en quelques semaines. L'autre développera des symptômes pendant des mois — hypervigilance, douleurs inexpliquées, sensation de ne plus être tout à fait elle-même.

Pourquoi cette différence ?

Des recherches distinctes en neurosciences ont par ailleurs montré que l'exposition prolongée aux hormones de stress — notamment le cortisol — peut entraîner des modifications structurelles et fonctionnelles du cerveau, particulièrement dans l'hippocampe, zone clé de la gestion du stress et de la mémoire. Ces modifications peuvent persister à l'âge adulte, laissant le système nerveux plus vulnérable aux traumatismes ultérieurs.

Ce n'est pas une faiblesse. C'est de la biologie.

SE : un travail qui part du corps, en lien constant avec le sens

La Somatic Experiencing, développée par Peter Levine, part d'un constat fondamental : le traumatisme de choc est une réponse physiologique inachevée. Lors d'un choc, le système nerveux mobilise une énergie considérable pour survivre — fuir, se battre, ou se figer. Si cette énergie ne peut pas se décharger complètement, elle reste bloquée dans le corps.

La SE travaille avec les sensations physiques — tensions, tremblements, chaleur, constriction — pour permettre au système nerveux de compléter ce mouvement interrompu, en douceur et à votre rythme. Mais contrairement à une idée reçue, la SE ne se limite pas au corps : Levine lui-même a développé le modèle SIBAM (Sensation, Image, Comportement, Affect, Signification), qui intègre la dimension du sens dans le processus thérapeutique. La SE permet des allers-retours constants entre la sensation corporelle et la signification que nous donnons à notre expérience — sans jamais nécessiter de raconter l'événement en détail.

Le NARM : aller plus loin dans l'identification et la libération des croyances

Le NARM permet d'aller plus loin dans l'identification et la libération des croyances et stratégies de survie qui bloquent la résolution complète d'un traumatisme. Développé par le Dr Laurence Heller — lui-même formé·e à la SE — il s'appuie sur les mêmes fondamentaux tout en les approfondissant.

Au fil des séances, il arrive souvent que des patterns plus anciens fassent surface. Un sentiment profond de ne pas être en sécurité. Une difficulté à faire confiance. Des croyances comme "je ne dois pas ressentir de la colère" ou "mes besoins ne comptent pas" — qui ont été des stratégies de survie utiles à un moment de la vie, mais qui bloquent aujourd'hui la résolution complète du trauma.

Ce ne sont pas nécessairement des croyances nées du choc lui-même — elles peuvent être bien antérieures. Mais elles peuvent faire obstacle à la guérison, comme une porte qui résiste sans qu'on sache pourquoi. Le NARM permet de les identifier et de s'en libérer progressivement, dans le contexte de la relation thérapeutique, en allant plus loin dans ce travail spécifique sur l'identité.

Pourquoi les deux ensemble ?

Avec la SE, le corps sort peu à peu des schémas automatiques de défense bloqués dans une terreur passée, tandis que le NARM explore les croyances et patterns identitaires qui peuvent bloquer la guérison. Les deux approches partagent les mêmes racines et s'articulent naturellement.

Ensemble, ils permettent une résolution complète — pas seulement la disparition des symptômes, mais un vrai retour à soi, à ses ressources, à sa capacité d'être pleinement présent·e dans sa vie.

C'est cette combinaison que je propose dans mes consultations à Bruxelles, en présentiel au Be-Here et en ligne.

Vous vous reconnaissez dans ce que vous venez de lire ? Prenez rendez-vous pour une première consultation.

Sources

  1. Felitti, V.J., Anda, R.F., Nordenberg, D., Williamson, D.F., Spitz, A.M., Edwards, V., Koss, M.P., & Marks, J.S. (1998). Relationship of childhood abuse and household dysfunction to many of the leading causes of death in adults: The Adverse Childhood Experiences (ACE) Study. American Journal of Preventive Medicine, 14(4), 245-258. Lire l'étude
  2. Lim, L. et al. (2023). Hypothalamus volume mediates the association between adverse childhood experience and PTSD development after adulthood trauma. PubMed Central. Lire l'étude
  3. Teicher, M.H. & Samson, J.A. (2018). Adverse Childhood Experiences and the Consequences on Neurobiological, Psychosocial, and Somatic Conditions Across the Lifespan. PubMed Central. Lire l'étude
  4. Blankenship, S.L., Botdorf, M., Riggins, T., & Dougherty, L.R. (2019). Lasting effects of stress physiology on the brain: Cortisol reactivity during preschool predicts hippocampal functional connectivity at school age. Developmental Cognitive Neuroscience, 40, 100736. Lire l'étude
  5. Levine, P.A. Waking the Tiger: Healing Trauma. North Atlantic Books, 1997.
  6. Heller, L. & LaPierre, A. Healing Developmental Trauma. North Atlantic Books, 2012.
  7. ICD-11 — Classification internationale des maladies, OMS. Complex PTSD (6B41). Consulter