Quand quelqu'un vient me consulter après un accident, une agression ou une chute, il arrive souvent avec une question simple : "Pourquoi je ne m'en remets pas ?" La réponse, elle aussi, est simple — mais elle demande qu'on comprenne quelque chose d'essentiel : nous n'avons qu'un seul système nerveux, et tout ce que nous avons vécu s'y inscrit, se superpose, s'entremêle.

C'est précisément pourquoi je travaille avec deux approches complémentaires : la Somatic Experiencing (SE) et le NARM — Neuroaffective Relational Model. Non pas l'une ou l'autre, mais les deux ensemble, selon ce qui émerge au fil des séances.


Un accident n'arrive jamais dans un système nerveux vierge

Imaginez deux personnes impliquées dans le même accident de voiture. L'une s'en remettra en quelques semaines. L'autre développera des symptômes pendant des mois — hypervigilance, douleurs inexpliquées, sensation de ne plus être tout à fait la même.

Pourquoi cette différence ?

L'étude ACE (Adverse Childhood Experiences), menée entre 1995 et 1997 auprès de plus de 17 000 personnes, a mis en évidence un lien direct entre les traumatismes vécus dans l'enfance et les problèmes de santé physique et mentale à l'âge adulte. En d'autres termes : ce que nous avons vécu enfant conditionne la façon dont notre corps et notre système nerveux répondent aux chocs de la vie adulte.

Quand le cerveau d'un enfant est exposé à un stress toxique, il libère des hormones qui modifient la structure même du cerveau — notamment l'hippocampe, zone clé de la gestion du stress et du traitement des émotions. Ces modifications ne disparaissent pas à l'âge adulte. Elles restent inscrites dans le système nerveux, comme une sensibilité accrue aux situations de danger — réel ou perçu.

Des recherches en neurobiologie montrent que les traumatismes de l'enfance prédisposent certaines régions du système nerveux — notamment celles liées au stress et au système limbique — à se développer d'une façon qui augmente la vulnérabilité aux traumatismes ultérieurs.

Ce n'est pas une faiblesse. C'est de la biologie.


La SE : travailler avec le corps d'abord

La Somatic Experiencing, développée par Peter Levine, part d'un constat fondamental : le traumatisme de choc n'est pas un événement psychologique, c'est une réponse physiologique inachevée. Lors d'un choc, le système nerveux mobilise une énergie considérable pour survivre — fuir, se battre, ou se figer. Si cette énergie ne peut pas se décharger complètement, elle reste bloquée dans le corps.

La SE travaille précisément avec ces sensations physiques — tensions, tremblements, chaleur, constriction — pour permettre au système nerveux de compléter ce mouvement interrompu, en douceur et à votre rythme. Sans avoir besoin de raconter l'événement. Sans le revivre.


Le NARM : quand le choc réveille quelque chose de plus ancien

Dans la pratique, quelque chose d'inattendu se produit souvent au fil des séances. En travaillant sur un accident survenu l'année dernière, des sensations ou des émotions beaucoup plus anciennes font surface. Un sentiment profond de ne pas être en sécurité. Une difficulté à faire confiance. Une façon de se couper de ses émotions qui existait bien avant le choc.

C'est là qu'intervient le NARM.

Le NARM s'intéresse à la façon dont les traumatismes de développement — ces blessures liées à un environnement familial insécurisant, une absence de soin ou une rupture de lien — ont façonné notre rapport à nous-même et aux autres. Le PTSD complexe, aujourd'hui reconnu par la classification internationale ICD-11, comprend non seulement les symptômes classiques de reviviscence et d'hypervigilance, mais aussi des difficultés à réguler les émotions, une image de soi négative persistante et des troubles relationnels. Ce sont précisément ces couches-là que le NARM aide à démêler.


Pourquoi les deux ensemble ?

Parce que nous ne sommes pas faits de compartiments étanches. Un traumatisme de choc survenu à 40 ans ne peut pas toujours se résoudre complètement sans toucher à ce qui s'est construit bien avant — dans l'enfance, dans les relations, dans le corps.

La SE offre la sécurité du travail corporel, pas-à-pas, sans forcer. Le NARM offre la profondeur relationnelle, la reconnexion à ses ressources internes et à son identité. Ensemble, ils permettent une résolution complète — pas seulement la disparition des symptômes, mais un vrai retour à soi.

C'est cette combinaison que je propose dans mes consultations à Bruxelles, en présentiel au Be-Here et en ligne.


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Sources

  1. Felitti, V.J. & Anda, R.F. (1998). Étude ACE — Adverse Childhood Experiences. Centers for Disease Control and Prevention & Kaiser Permanente. En savoir plus
  2. Lim, L. et al. (2023). Hypothalamus volume mediates the association between adverse childhood experience and PTSD development after adulthood trauma. PubMed Central. Lire l'étude
  3. Teicher, M.H. & Samson, J.A. (2018). Adverse Childhood Experiences and the Consequences on Neurobiological, Psychosocial, and Somatic Conditions Across the Lifespan. PubMed Central. Lire l'étude
  4. Levine, P.A. Waking the Tiger: Healing Trauma. North Atlantic Books, 1997. (Fondements de la Somatic Experiencing)
  5. Heller, L. & LaPierre, A. Healing Developmental Trauma. North Atlantic Books, 2012. (Fondements du NARM)
  6. ICD-11 — Classification internationale des maladies, OMS. Complex PTSD (6B41). Consulter